Au Royaume-Uni, on peut acheter son parfum dans trois principaux circuits de distribution.
Premièrement, il y a les magasins spécialisés dans le parfum. On a, à un extrême, l’affreuse chaîne The Perfume Shop (détenue par AS Watson, qui possède également Marionnaud) avec ses boutiques étriquées, sa vente au comptoir et son personnel pas toujours au point. A l’autre extrême on a quelques boutiques indépendantes spécialisées dans les parfums de niche.
Deuxièmement, ce dont les Britanniques sont particulièrement friands : les grands magasins. Comptoirs entiers pour les grandes marques, simples étagères pour les autres, il y a le choix chez Selfridges, Debenhams et consorts et leur présence, contrairement en France, n’est pas limitée à une poignée de villes.
Troisièmement, il y a la spécialité anglo-saxonne, j’ai nommé les drugstores Boots et Superdrug dont je vous ai révélé les arcanes ici et là. A l’attention de ceux qui n’avaient pas suivi et pour résumer, dans ces magasins, de tailles variées et qui sont présents absolument partout dans le pays, on trouve un peu tout et n’importe quoi. Dans les plus grands Boots par exemple, on passe devant un grandiose comptoir Chanel, puis un stand BeneFit, pour atterrir ensuite sur les marques de maquillage de grandes surfaces ; si on continue un peu plus loin on atterrit sur les gels douche, les médicaments sans prescription tout près du comptoir pharmacie, à côté duquel il y a le rayon développement photo, suivi de la section bébé ; non loin des caisses on peut aussi s’offrir un petit sandwich et des bonbons. Bref, un sacré foutoir… mais en bien organisé ! Et au milieu de tout cela, les parfums de toutes marques. Vous imaginez, vous, aller chercher votre flacon d’Hypnôse de Lancôme ou d’Angel de Mugler au même endroit où vous refaites le plein de serviettes hygiéniques et venez prendre vos médicaments sur ordonnance ? Not really ?
Et est-ce que vous imaginez que les parfums, même Français, y soient moins chers… qu’en France ? Nope ? Et qu’ils soient moins chers s’ils ne sont plus dans les pages de publicité des magazines ? No way ?! Ne rêvez – ou cauchemardez – pas, cela existe et s’appelle le Royaume-Uni : je vais vous expliquer comment on consomme du parfum dans ce drôle de pays.
La distribution en drugstores, comme d’autres pratiques que je vais vous détailler juste après, ne pose aucun problème, en raison de l’approche désacralisée du parfum qu’ont les Britanniques.
Si certaines des plus anciennes maisons de parfums sont, contrairement à ce que l’on pourrait penser, non françaises mais anglaises (par exemple Floris), la culture du parfum telle qu’on la vit chez nous n’a pas vraiment droit de citer outre-Manche. Hormis pour une poignée de gens mi-francophiles, mi-snobs, pour la plupart des Britanniques, le parfum est un produit à peu près comme les autres. Ca veut dire qu’il faut qu’il soit good value, qu’il y ait des cadeaux pour stimuler l’achat, et des promotions à tout va. Il va de soi que tout ceci, renforcé par l’influence de la publicité et le rythme des nouveautés, incite les consommateurs à être de vraies girouettes. Et n’oublions pas qu’ici, tout le monde ne porte pas de vrai parfum : beaucoup se parfument au body spray, un infâme hybride mi-déodorant, mi-eau de toilette en spray qu’on applique en nuage partout sur le corps.
Autre exemple : les parfums de célébrité ne sont pas tabous comme ils le semblent presque en France (je n’ai pas dit que ce n’était pas une bonne chose :-p). Dans certains magasins, il y a même un rayon dédié, clairement estampillé « Celebrity Fragrance »…
Alors forcément, avec le parfum comme avec n’importe quel autre type de produit, tout est possible. Tout cela, et surtout les pratiques promotionnelles, serait peut-être mal vu en France, mais ici on ne voit pas où est le problème d’avoir une approche détendue et plus ouvertement mercantile vis-à-vis du parfum.
Et une des conséquences directes de ceci, c’est la différence flagrante entre les prix pratiqués des deux côtés de la Manche. Pour schématiser, on a affaire à deux stratégies de pricing différentes (je précise que je ne travaille pas sur le parfum, donc ce qui suit est une observation personnelle). D’une part, il y a les parfums qui soit sont tout nouveaux, soit continuent d’avoir un grand succès : ceux-ci ont à peu près le même prix qu’en France. D’autre part, il y a les parfums qui sont plus anciens, n’apparaissent plus dans les publicités, ou n’ont pas un succès énorme : ceux-là voient leurs prix littéralement cassés par rapport à ce qu’on voit chez nous. Cela concerne toutes les marques, qu’elles soient françaises ou d’ailleurs.
Voici 3 exemples :
- Mon père porte Paco Rabanne pour Homme depuis des années et en fait une consommation pour le moins importante. Bien que Paco Rabanne soit un créateur français (et la société qui créé ses parfums espagnole), il paie son flacon de 100 ml 66€40 chez Sephora. Chez Boots, le même flacon coûte £38,40. Si j’ai le temps de passer chez Beauty Base (une chaîne de parfums discount) c’est encore mieux : je peux l’avoir à £26,40. Ou je peux aussi passer vite fait à la boutique duty free de Gatwick avant de prendre mon avion pour Marseille : il y est régulièrement en promo à £22 alors j’en prends souvent 2 d’un coup ! Avec environ 70% de réduction, mon papa pourrait presque prendre des bains de Paco Rabanne…
- J’ai découvert, un peu avant de déménager à Londres, un parfum sublime nommé Boudoir, de la foldingue créatrice anglaise Vivienne Westwood – j’avais partagé mon enthousiasme avec vous à son sujet ici. En France, il est difficile à trouver : seuls les plus grands Sephora le proposent, caché en bas d’une étagère et tout poussiéreux, et son prix m’avait un peu refroidie – 60€ les 30 ml, plus cher que de prestigieuses maisons de niche. J’ai bien fait d’attendre : ici, pour le même prix (£55), on a le 75 ml chez le luxueux grand magasin Selfridges !
- Secret Obsession, un des derniers Calvin Klein, a été un succès quelque peu mitigé. Chez Marionnaud, rien ne bouge : il est toujours 45€ les 30 ml. Chez Superdrug, qui appartient à la même entreprise, il est à £30… et sur pas mal de sites Internet britanniques, il est même passé à £15 !
Vous l’aurez compris, acheter des parfums, même français, lors de votre prochain séjour à Londres, n’est peut-être pas très original mais peut se révéler une super affaire. Si vous ne jurez que par le n°5 de Chanel, Eau des Merveilles de Hermès ou vous jetez sur le dernier Mugler chaque fois qu’un nouveau sort, vous pouvez toujours jeter un œil mais la différence risque d’être inexistante ou, au mieux, mineure. Mais pour tous les autres, il peut être judicieux d’aller faire le plein chez Boots, Superdrug ou Beauty Base si vous avez un de ces excellents magasins près de votre lieu de vacances.
En plus, parce qu’ici il n’est pas nécessaire d’acheter 250€ de produits dans la même marque pour avoir l’honneur de se faire offrir un échantillon de 2 ml, vous risquez même d’avoir droit à moults échantillons, petits cadeaux et bons de réduction valables sur vos prochains achats.
Si vous vous demandez pourquoi on ne fait pas la même chose en France, essayez une minute d’imaginer un parfum, que nous, Français, percevons comme un produit de luxe, un produit qui fait rêver, un cadeau précieux pour soi ou pour celui ou celle qu’on aime, avec une grosse étiquette rouge « Offre spéciale : -50% !! »… Votre visage vient de se crisper ? les poils de vos bras se sont hérissés d’horreur ?
Pas de doute, vous êtes français(e)…
Pratique
Avant votre prochaine virée en Angleterre, prenez le temps de consulter les sites Internet des magasins afin de comparer les prix, et de vérifier s’il y en aura un près de votre lieu de vacances (cherchez le menu Store Locator): regardez Boots, Superdrug, Beauty Base voire The Perfume Shop.
Et si vous êtes bien dans vos baskets du 21ème siècle, avec une carte bleue, un bon rodage à l’achat en ligne et tout et tout, faites donc un tour sur Fragrance Direct (testé et approuvé par mes soins) qui livre en France et vous affiche gentiment les prix en Euros !
ahhh ! merci de ces précisions sur le marché anglais, c'est super intéressant et ça explique pas mal de choses sur les stratégies parfois "étranges" de certaines marques habituées au marché british !
RépondreSupprimer