Ceci dit, c'est aussi à Londres qu'on trouve de fabuleuses et souvent très anciennes Maisons de parfumerie telles Penhaligon's.
Ce nom à coucher dehors est d'abord le patronyme d'un barbier un peu excentrique (Anglais, quoi) prénommé William. Originaire des Cornouailles, il monte à la capitale pour ouvrir un salon sur la prestigieuse Jermyn street à la fin des années 1860. Quelques années plus tard, il se lance dans la création de parfums en exclusivité pour sa clientèle. Sous le reigne de Victoria, il devient barbier et parfumeur auprès de la Cour royale.
En tant que barbier, William Penhaligon a bien entendu commencé par créer des fragrances masculines. Pour son premier parfum, il s'est inspiré des vapeurs émanant du hammam situé près de sa boutique: ainsi est né Hammam Bouquet. Mais c'est avec son deuxième opus créé pour le duc de Marlborough, Blenheim Bouquet, qu'il connaît son plus franc succès: 108 ans après, cette cologne légèrement boisée et épicée portée par Winston Churchill est toujours le best-seller de la marque.
Aujourd'hui la marque continue de faire vivre l'esprit à la fois délicieusement ringard et exentrique du créateur et a élargi la gamme à des parfums féminins, des dérivés parfumés (huiles de bains, bougies et talcs so british) mais également des petits objets pour la toilette. On est vraiment dans cette ambiance quand on franchit le seuil d'une de leurs boutiques: boiseries sombres, déco surannée, tout y est.
En ce qui me concerne, j'ai été au contact de cette marque dès 2007 lorsque j'ai travaillé dans un de leurs points de vente parisiens, le grand magasin Old England. Quand j'ai plus tard travaillé au Bon Marché mon corner était collé à celui de Penhaligon's, ce qui m'a encore une fois donné l'occasion de mieux connaître la marque.
Alors déjà, au rayon des parfums masculins, si vous avez du mal avec les colognes, passez votre chemin. Que ce soit Blenheim Bouquet, Racquets, English Fern, Quercus ou le dernier Extract of Limes, on a certes à faire à des produits de qualité, mais d'une formalité assez ennuyeuse. D'ailleurs, cette marque rencontrait un franc succès auprès de messieurs d'un certain âge: si le client ne venait pas chercher une recharge 500 ml de "Blenheim", il suffisait de prononcer les mots "porté par Churchill" ou "traditionnel" pour lui vendre la chose.
En revanche, je trouve Hammam Bouquet ou Opus 1870 plus intéressants, moins propre-sur-soi-passe-partout.
Chez les femmes, c'est 50-50.
D'un côté, Penhaligon's propose une large sélection de quasi-soliflores aux noms explicites qui, accompagnés de leur talc ou leur savon assorti, raviront vos grand-mères: Bluebell, Elizabethan Rose, Lavandula (bouh!), Lily of the Valley ou Gardenia, ces créations ont au moins le mérite de dire ce qu'elles sentent et de sentir ce qu'elles disent. Pour ma part j'ai un peu de mal avec ce genre de parfums, que je trouve trop simplistes - bien qu'ils soient constitués de plusieurs matières premières et non juste de rose ou de lavande, bien sûr.
D'un autre côté, la marque a créé des fragrances qui, à mon avis, ont vraiment leur univers propre. Je veux dire par-là que quand on les sent on a tout de suite une couleur, des images, peut-être des gens, qui nous viennent à l'esprit. Quelques mots sur mes préférés... D'abord Malabah, une sorte de pendant féminin à Hammam Bouquet: il s'agit d'un oriental sensuel et pétillant, acidulé je dirais même. A l'opposé, timide, poudré et doudou, je craque pour Artemisia. Retour au chaud avec Cornubia, peu connu mais qui vaut le détour: si vous avez aimé le côté miellé et un peu entêtant de Loulou de Cacharel, vous allez l'adorer. Enfin, si vous aimez la fleur d'oranger mais avez envie d'une version pas trop lourde pour la belle saison, filez sentir Castile: ne vous fiez pas à son étiquette moche et masculine car vous passeriez à côté d'une très jolie création.
En parlant de packaging, cet élément est très important chez Penhaligon's. On reconnaît leurs flacons de loin: leur forme particulière est la même pour toutes les créations de la marque, qui portent toutes un noeud plus ou moins joli autour du goulot. Ces flacons, tout comme le merchandising de la marque, jouent à fond la carte de la tradition un poil décalée à l'anglaise.
J'aime beaucoup moins leurs typos et le design de leurs étiquettes - un détail, certes, mais qui me frappe chaque fois que je vois des produits Penhaligon's. En effet, ces deux éléments sont à chaque fois différents, non seulement pour le nom du parfum, mais également pour le nom de la marque qui est apposé sur les divers flacons. Du coup, tout ça manque un peu d'unité visuelle: ça me donne l'impression que pour chaque parfum, la marque a confié le projet à un chef de produit différent qui a voulu se faire plaisir en apposant sa patte un peu trop personnelle sur chaque flacon... Charme d'un petit côté bordélique ou manque de cohérence de marque? Marketeurs ou amateurs, quel est votre avis?
Pratique
En France, si vous êtes à Paris vous pourrez découvrir l'ensemble de la gamme à leur boutique de la rue Saint-Honoré. Les autres points de vente sont le Bon Marché et des parfumeries indépendantes.
En Angleterre, la marque a une douzaine de boutiques et des corners dans de nombreux grands magasins.
Prix: parfums et dérivés de 25 à 110€ en France, de 12 à 90£ en Angleterre
Les avis conso sur Beauté-Test
Il y a quelques temps ils avaient apposé sur la vitrine de leur boutique de King's Road plein de petits papillons parfumés que les passants pouvaient cueillir... so romantique !
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup leurs flacons, ce petit coté désorganisé me plait beaucoup justement...
Ah oui je me souviens, j'avais vu les papillons colles a la vitrine de ce magasin precisement. Une bien jolie operation!
RépondreSupprimerC'etait pour le parfum Amaranthine.
Tu m'as donné envie d'aller sentir Castile ! C'est une marque que je ne connais que de nom (que je n'arrive d'ailleurs jamais à prononcer !!). Très beau billet en tout cas, j'aime la façon dont tu parles des parfums... pour les flacons, je ne suis pas une spécialiste du marketing, mais après tout, quitte à être une marque de niche un peu spéciale, autant se faire plaisir, non ? L'univers des boutiques, lui, est déjà tellement "typique" !
RépondreSupprimer